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Loïc Casanova, photographe de rue

Un jour, la démarche artistique m'a rattrapé, j'ai eu besoin de m'exprimer, et j'ai abandonné mon activité dans le BTP pour me consacrer uniquement, dans un premier temps, à la photographie.

Le besoin de m'exprimer était plus fort que tout, même si je n'avais jamais touché à un appareil photo de ma vie.

Ayant été entrepreneur pendant 18 ans, j'ai gardé ces reflexes d'efficacité au travail. J'ai un côté un peu extrême dans ma démarche du quotidien.
Du coup, quand j'ai eu cette idée en tête de me lancer dans la photo, le premier mois j'ai pris 12.000 clichés. C'était un peu abusif comme démarche.

Je ressens du plaisir face à la difficulté. Comme un sportif, un passionné de montagnes, je trouve que la vie est passionnante à partir du moment où l'on rencontre des choses difficiles sur son chemin.

Quand je me suis lancé dans la photo, les gens autour de moi ont beaucoup ri et m'ont dit que ça allait être très difficile. C'est ça qui m'a motivé.

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Cette photo avec mon épouse Audrey dans un tunnel, ça a été ma première mise en scène, mon premier n&b, et elle a été mon premier modèle. J'ai également appris Photoshop sur cette photo, j'ai passé 48h à la modifier.

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Les objets n'ont pas vraiment une importance dans ma vie. Mais celui auquel je suis le plus attaché en ce moment et qui ne me lâche jamais, c'est mon mug de café. C'est ce que j'ai dans la main 24h/24. Depuis que je bosse à la maison et que je suis artiste, le mug c'est devenu une prolongation naturelle de ma main.

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Ma vie est un contraste, et ce contraste on le retrouve dans ma photographie.

J'ai grandi en rase campagne en caravane, sans eau potable, dans la garrigue. Par contre mes parents m'ont mis à l'école dans le centre ville de Montpellier. Je suis à 50% un gars citadin, mais à 50% un gars de la nature. Au fond de moi, j'attache l'art à cette dominance artistique qui s'est plus développée chez moi lorsque j'étais ado et jeune adulte, que quand j'étais enfant.

Avec la street photography, je cherchais surtout de la facilité. Je pouvais photographier des gens dans un lieu, sans avoir à leur demander, à n'importe quel moment de la journée.

Ce qui m'a attiré avec les forts contrastes, c'était de voir ce que je ne voyais pas auparavant, avant d'être photographe. Je me suis rendu compte qu'il y avait des ombres incroyables, des contrastes dans le domaine architectural grâce au soleil ou aux couleurs employées.

La notion de travail qui plait est importante à mes yeux. Je suis attaché au regard des autres, depuis tout jeune.

La partie numérique de l'image me gêne un peu. Je suis très attiré par la matière, j'ai besoin de toucher, de sentir, de voir les choses avec une matière très définie. Par conséquent, c'est très difficile pour moi de vendre du virtuel. Raison pour laquelle j'ai fait ce choix de vendre des oeuvres d'art finies. Vendre des tirages par le biais du numérique, ça ne me parle pas.

D'un point de vue artistique, je suis plus attiré par la peinture et la sculpture, car j'ai un attachement à l'oeuvre unique, au fait qu'un artiste ait peint une oeuvre de ses mains. Ca a beaucoup d'importance pour moi. Du coup, je fais de la photo, mais comme un peintre. Je propose un tableau, donc l'idée c'est de rester dans un nombre d'exemplaires restreints, afin que l'acquéreur ait quelque chose d'assez unique.

Je n'ai pas envie de mettre une photographie au même niveau qu'une marchandise.

Je pense que les artistes les plus authentiques sont ceux qui arrivent le plus à transmettre leur fond intérieur dans leurs oeuvres. On est tous des artistes. On a tous une personnalité qui nous est propre, sauf que la société d'aujourd'hui nous impose de rester dans des carcans, d'avoir une forme de neutralité personnalité. Mais on peut tous demain, avec chacun notre talent, développer quelque chose de nouveau et surprendre le monde entier. Mais pour ça il faut vraiment le vouloir. C'est peut-être ça qui différencie les grands artistes du reste du monde.

La sculpture est pour une moi une continuité artistique. On y retrouve les lignes, les contrastes et tout ce que j'ai pu déjà travailler en photographie. C'était un besoin oppressant de ressortir les outils que j'avais mis de côté pendant 3 ans.

J'aime maitriser, et pour ça, la photo numérique c'est quand même plus facile. Dans l'argentique, il y a cette notion de perte de contrôle, mais moi je n'aime pas ça.

Un immense merci à Loïc pour sa disponibilité et ce partage.

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